KRONOS : Qui sommes-nous ?

Soyez les bienvenus sur KRONOS, blog d'expression, d'information et de partage consacré à l'archéologie mystérieuse au sens large, et plus ou moins dans le même état d'esprit général que la revue belge KADATH, fondée en 1974, ou que la publication française ATLANTIS, avec son impressionnante longévité (depuis 1926). KRONOS est également ouvert à tout ce qui s'inscrit dans la démarche de chercheurs-auteurs indépendants et dissidents, comme entre autres Peter Kolosimo, Erich Von Däniken , Graham Hancock, Denis Saurat, etc. Mais tous articles ou videos concernant tout simplement l'archéologie et l'histoire antique, protohistorique et préhistorique officielle au sens large sont aussi susceptibles d'être relayés ici, comme pistes de réflexion et sources d'informations.
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dimanche 27 août 2023

Menhir de Renaumont [Belgique]

 


Fort méconnu et négligé, le menhir de Renaumont est aujourd'hui dressé le long de la route qui traverse le hameau du même nom, rattaché à la commune de Libramont-Chevigny en province de Luxembourg, Belgique. A ce que l'on croit savoir, il aurait été originellement érigé sur le bord d'un bassin, près d'une source située à environ 1000m au nord de son emplacement actuel.

Ce mégalithe a été retrouvé à la fin du XIXe siècle environ 200m plus au sud dans le lit de l'Ourthe occidentale, laquelle constitue, avec l'Ourthe orientale, l'un des deux affluents dont la convergence forme la rivière Ourthe proprement dite. Reconnu comme menhir authentique en 1976, il a depuis lors été placé là où on peut aujourd'hui le voir, au beau milieu du hameau, au bord de la route.

(Source : Brou, W. & M., Les mégalithes de Gaule Belgique, 1988, 190-1, ill.)

Très rarement mentionné, n'étant absolument pas mis en valeur et ne faisant  l'objet d'aucune signalisation ni d'aucune pancarte explicative, le monument passe complètement inaperçu aux yeux des automobilistes de passage qui, lorsqu'ils l'aperçoivent fugitivement, le prennent la plupart du temps pour une simple stèle ornementale de facture récente... D'une hauteur de 3,30m , il présente en outre la particularité d'être fort peu épais pour un menhir, ce qui renforce d'autant plus la confusion avec une telle stèle.

Pour ce qui est de sa datation, il serait bien hasardeux de se prononcer. Néolithique ? Âge du bronze ? Oeuvre des Trévires locaux ou autres Belgae de l'Âge du fer ? Le mystère reste entier...

dimanche 3 septembre 2017

Stop intox : NON, Stonehenge n'est PAS un "faux" entièrement reconstruit !


Pour en finir une bonne fois pour toutes avec l'intox persistante de Stonehenge qui aurait soi-disant été complètement (re)construit au XXème siècle, voici une photographie ancienne du site prise en 1877 par un certain Philip Rupert Acott. Bien avant les travaux de restauration, donc... Et on peut clairement constater que le monument était alors loin d'être détruit !

Du reste, si de tels travaux de rénovation ont effectivement pu être effectués, ceux-ci se sont bornés à la consolidation de certains trilithes, et au redressement de pierres qui étaient tombées au fil des siècles. N'en déplaise aux tenants de certains fantasmes "complotistes", il n'y a là absolument rien de caché, de "faux" ni de secret.
Fin de l'histoire.

Hans Cany

vendredi 19 février 2016

Les serpents mégalithiques du Manio et de Gavrinis


  
A l'extrémité est des alignements mégalithiques de Kermario situés à Carnac (Morbihan, Bretagne) se trouvent les vestiges d'un tumulus très arasé par l'érosion, connu sous le nom de tertre du Manio.

Intégré de fait aux alignements, sa construction leur est néanmoins antérieure. Ce tertre, entouré de petits mégalithes affleurants, est dominé par un remarquable menhirs de 4,5m de haut, dont la grande particularité est d'être gravé sur sa base, partie enterrée, de cinq lignes ondulantes serpentiformes.

C'est pourquoi on le nomme menhir aux serpents.


Devant le menhir, les fouilles menées en 1922 ont permis de mettre au jour cinq haches de pierre polie, enterrées avec le tranchant tourné vers le haut. Une ouverture aménagée au pied du menhir permet d'aller observer in situ les représentations serpentiformes, en se glissant dans une sorte de fosse entourée de larges dalles de pierre.

 Ci-dessus : la base gravée, jadis enfouie,
du Menhir aux Serpents (Tertre du Manio).

Ces étranges lignes représentent-elles bien des serpents ? Si oui, doit-on les interpréter comme la manifestation d'un énigmatique culte ophique*, ou bien faut-il plutôt, de façon plus osée, les mettre en rapport avec la symbolique du serpent, associé depuis la nuit des temps aux forces telluriques ?

Pour les partisans de la thèse du culte orphique, laquelle n'exclut d'ailleurs nullement l'hypothèse du serpent des forces telluriques, les alignement de menhirs, formant des lignes sinueuses et non rectilignes, constitueraient eux-mêmes des représentations géantes du serpent, les cercles de pierres que l'on retrouve fréquemment à leurs extrémités représentant quant à eux un oeuf, sans doute gobé par le serpent. Le serpent des forces de la terre-mère avalant l'oeuf cosmique de la création, comme dans les mythes des Aborigènes d'Australie ? Il serait pour le moins hasardeux de valider pleinement une telle théorie, qui ne repose pour l'heure que sur le ressenti ainsi que sur l'interprétation visuelle de quelques chercheurs et auteurs, éminemment minoritaires.


D'autre part, c
ertaines spéculations, qui pourraient s'avérer au moins en partie exactes, postulent le fait que les mégalithes, menhirs, dolmens et autres structures composites (tumuli, cercles de pierre,  quadrilatères etc) ont été dressés sur des champs, voire des lignes de courant tellurique, jalonnant leurs parcours ou marquant des "nœuds", zones d'intersection entre deux courants ou plus.

Le serpent, animal chtonien** par excellence, semble tout indiqué pour symboliser ces forces telluriques au pied de certains mégalithes, si toutefois les forces en question ont véritablement été conçues, perçues et prises en compte par les peuples de la fin du néolithique qui ont érigés les monuments, et dont la tradition culturelle, de transmission orale, s'est aujourd'hui perdue dans les limbes et méandres du temps.

 On notera avec intérêt que des figurations serpentiformes analogues se retrouvent à la base du montant N° 8 du remarquable dolmen au piliers gravés, recouvert d'un cairn imposant, qui se situe sur la fameuse île de Gavrinis, dans le Golfe du Morbihan.


Ci-dessus : Pilier N°8 du dolmen du
cairn de Gavrinis.

    
Profondément incisées dans la pierre, ces figures ondulantes, dont l'aspect serpentiforme est flagrant, évoquent-elles les forces telluriques qui se manifestent à l'endroit où la base de la pierre s'enfonce dans la terre-mère, tout comme ce serait également le cas au tertre du Manio ?

Ci-dessus : Détail de  la base du montant N°8,
cairn de Gavrinis.

Ce qui ressemble à des haches préhistoriques, que l'on retrouve sur plusieurs montants du dolmen sous des combinaisons variables (tantôt seules tantôt par paires, tantôt les haches toutes orientées vers le haut ou vers le bas, tantôt tête-bêche etc), et que l'on peut justement observer à gauche des gravures serpentiformes, constituent-elles une forme de proto-écriture dont le sens nous échappe  aujourd'hui totalement ? S'agit-il de symboles ésotériques, ou magiques ?

Et si les "serpents" de la base représentent bien les forces telluriques de la terre-mère, faut-il donc envisager que le foisonnement de sculptures de courbes concentriques, évoquant des empreintes digitales, qui ornent la quasi totalité de la surface du pilier représentent en fait les "ondes" émises par l'énergie de la terre ?


Voila une hypothèse hardie qu'il serait bien présomptueux de développer outre mesure, à l'heure actuelle, en l'absence de tout élément probant qui pourrait venir l'étayer de façon décisive. Mais qui sait ? Même si les chances d'en apprendre davantage dans le futur paraissent hélas fort minces, rien n'interdit d'espérer qu'un beau jour une découverte inespérée viennent enfin lever le voile sur ces mystérieuses gravures pariétales.

En attendant, à chacun d'en déduire, voire d'en conclure ce qui lui semblera plausible et probable, sur la base de son intuition ou de son intime conviction, à défaut de rigueur scientifique.  A Manio comme à Gavrinis, la figure du serpent est étroitement associée aux monuments, et semble être en lien avec l'univers souterrain. Mais bien malin celui qui pourra, dans l'état actuel de nos humbles connaissances, formuler à ce sujet de quelconques certitudes, que cela soit dans un sens ou dans l'autre.

Le mystère impénétrable de ces pierres levées, obstinément muettes depuis la nuit des temps malgré tous les efforts déployés pour les faire enfin parler, n'en fait-il pas, tout compte fait, une grande partie du charme ? Les serpents qui les ornent resteront sans doute encore longtemps les gardiens de leurs secrets multimillénaires.

Hans CANY




* : Ophique se dit d'un culte dont le serpent est objet de vénération.

** : Chtonien est un adjectif se rapportant au monde souterrain.



 



mardi 26 janvier 2016

L'homme d'Altamura : une curiosité archéo-géologique


La paléontologie et la géologie, voire la minéralogie, sont des sciences qui interagissent parfois de manière inattendue. L'Homme d'Altamura en est indéniablement l'exemple-type.

Le corps humain ancien dont il est ici question fut découvert  en 1993 dans une grotte située près de la petite ville d'Altamura, située dans les Pouilles, au sud de l'Italie. Ces restes préhistoriques présentent la particularité remarquable d'être partiellement recouverts par des concrétions de calcite, au sein desquelles ils sont littéralement incrustés. Ce dépôt de calcite (carbonate de calcium) s'est formé au cours des millénaires avec le ruissellement des eaux de la grotte, saturées de matière minérale.

Les ossements, d'aspect extraordinaire, reposent au fond d'un puits naturel dans lequel l'individu est probablement tombé accidentellement et y est mort d'inanition, à moins qu'il n'y ait été précipité intentionnellement, dans le cadre d'un meurtre ou d'un sacrifice rituel.

Le squelette étant en grande partie pris dans sa gangue de calcite, à l'exception de quelques parties dont le crâne, l'ensemble de la découverte a été laissé in situ.
Néanmoins, un petit fragment d'os a pu être prélevé, et les analyses ADN dont il a fait l'objet ont permis de déterminer que l'homme était un néandertalien, espèce distincte de l' homo sapiens sapiens auquel s'apparentent les humains modernes. Elles ont en outre permis d'établir une datation approximative comprise entre 150 000 et 182 000 ans, faisant ainsi de l'Homme d'Altamura le plus ancien squelette de néandertalien dont il a été possible à ce jour  de reconstituer le génome.

Hans CANY






mercredi 1 juillet 2015

Gaulois contre Romains : pour en finir avec le mythe de la "Pax romana"

Gaulois_contre_Romains.jpg
Afin d'en finir une bonne fois pour toutes avec le mythe ô combien galvaudé de la prétendue "Pax romana", la lecture d'un ouvrage fort bien documenté de Joël Schmidt, paru en 2004, pourra s'avérer des plus édifiantes et des plus profitables, même aux personnes les plus sceptiques et/ou les plus conditionnées dans le cadre d'un sujet historique de plus en plus controversé. Le titre de l'ouvrage en question, pour être des plus sobres, n'en est pas moins particulièrement éloquent : "LES GAULOIS CONTRE LES ROMAINS : LA GUERRE DE 1000 ANS". Au fil des pages de ce livre captivant, l'auteur s'emploie méthodiquement à démonter la fable éculée d'une période "de paix et de prospérité" qui, cinq cents ans durant, aurait suivi l'invasion romaine de la Gaule à partir de son accomplissement en l'an 52 avant l'ère chrétienne, pour ne s'achever que dans la tourmente des "Invasions barbares" et de la chute de l'Empire, en l'an 476 de l'ère vulgaire. Références précises et vérifiables à l'appui, Joël Schmidt expose ici avec brio le déroulement d'événements aussi bien ignorés du grand public que volontairement passés sous silence par l'historiographie officielle.

Si les données archéologiques témoignent indiscutablement du fait que les centres urbains des Gaules, pour la plupart fondés par l'Occupant à partir d'oppida gaulois préexistants, furent profondément marqués par l'empreinte romaine, si ces mêmes données archéologiques attestent l'existence d'une indéniable "fusion" civilisationnelle, et même d'un syncrétisme religieux assimilant une grande partie du panthéon celtique local au panthéon romain, elles ne doivent pas pour autant occulter le fait que ces quelques siècles de domination latine n'entraînèrent en aucune façon la disparition totale de l'identité et des particularismes culturels des autochtones, pas plus qu'ils ne mirent un point final aux velléités de ces derniers de recouvrer leur indépendance perdue. N'en déplaise aux adeptes inconditionnels de la romanité et de l'héritage civilisationnel gréco-latin, l'irrédentisme gaulois n'est pas, tant s'en faut, qu'une plaisante invention inhérente aux bandes dessinées d'Astérix et Obélix, mais correspond bel et bien à une réalité historique.

La vérité est que les cinq siècles que durèrent la soi-disant "Pax romana", loin de correspondre au cliché idyllique d'une période de stabilité et de "progrès" civilisationnel sans précédent, loin d'asseoir la supériorité définitive des fondements de la civilisation romaine sur l'identité culturelle rudimentaire, forcément primitive et grossière, de prétendus "barbares", furent sans cesse émaillés d'actes de rébellion, d'insurrections et de soulèvements armés qui, jusqu'au bout, n'eurent de cesse de mettre à mal l'autorité de l'Empire sur les diverses régions placées sous son joug. Non seulement ces actes d'insoumission et de révolte se succédèrent à un rythme effréné durant toute la période d'occupation, mais de surcroit, les différents peuples gaulois essayèrent toujours, dès les premiers signes d'affaiblissement de l'autorité impériale apparus au cours du IIIème siècle de l'ère chrétienne, de faire purement et simplement sécession avec l'Empire, afin de recouvrer leur souveraineté perdue. C'est ainsi que l'on vit même se produire, au cours des derniers siècles de l'Empire moribond, des initiatives plus ou moins éphémères émanant d' "empereurs gaulois" qui, s'ils se refusèrent toujours à rompre avec les valeurs romaines, n'acceptèrent pas, de facto, de prêter allégeance à l'autorité centrale, et entendirent ainsi, au-delà de leurs ambitions personnelles, affranchir leurs peuples respectifs de la tutelle de Rome.

Pour conclure au mieux cette brève présentation du remarquable ouvrage de Joël Schmidt, voici à présent une reproduction du résumé figurant en quatrième de couverture :


"Sur le conflit qui oppose les Gaulois aux Romains, on ne connaît généralement que l'épisode de la conquête des Gaules racontée par César et qui se déroula pendant huit ans au milieu du 1er siècle av. J. -C. Or, c'est dès 390 av. J. -C. que le Gaulois Brennus et ses troupes occupèrent durablement Rome et prononcèrent l'humiliant " Vae victis ", " Malheur aux vaincus ". La prise de Rome fut la cause d'un traumatisme irréductible, sans cesse rappelé par tous les historiens de Rome, notamment par le plus grand d'entre eux, Cicéron. A partir de cet événement majeur, se succédèrent les péripéties d'une lutte inexpiable au cours de laquelle les Gaulois, rêvant toujours de réoccuper Rome, s'allièrent par les armes et la diplomatie à tous les adversaires des Romains : Carthaginois avec Hannibal, Grecs avec le roi Persée, Germains ou Barbares lors des grands invasions des IIe et IIIe siècles de notre ère.
L'auteur démontre également que la prétendue romanisation de la Gaule, thème sans cesse rabâché par les historiens, fut un leurre ou tout au moins une légende : en réalité, il y eut sans cesse des révoltes gauloises contre l'Empire romain. Pendant dix siècles, liberté et indépendance furent les mots d'ordre constants des chefs gaulois. Si les Gaulois furent toujours vaincus parce qu'ils opposaient leur masse aux tactiques éprouvées des légionnaires romains, ils ne renoncèrent jamais à harceler par tous les moyens possibles l'occupant romain, jusqu'à la chute de Rome au Ve siècle de notre ère."


Enfin, pour approfondir la question, on pourra également lire avec profit la non moins remarquable étude de Maurice Bouvier-Ajam publiée pour la première fois au début de l'année 2000, et consacrée précisément  au phénomène des "empereurs gaulois" au cours de la seconde moitié du IIIème siècle de notre ère, entre l'an 260 et 274. Quatrième de couverture :

"260 après J.-C : l'Empire romain est en crise. L'époque où la grandeur de Rome s'affirmait de l'Angleterre au désert de Judée est révolue. Les incursions barbares se font de plus en plus fréquentes, le pouvoir impérial risque de vaciller. Coupées de l'Italie par l'invasion des Alamans, les provinces gauloises et les légions stationnées sur le Rhin proclament empereur un noble d'origine gallo-romaine, Postumus. Ce général s'empare du pouvoir et installe sa capitale à Trèves, il domine alors les Gaules, l'Espagne et la Bretagne. Pendant quinze ans, Postumus et ses successeurs, Victorinus (268- 270) et Tetricus (270 -274), se comporteront en souverains légitimes, refusant toutefois de rompre avec les valeurs romaines. Ils revêtiront les pouvoirs et titres des empereurs, frappant monnaie, organisant la vie civile, assurant la protection du pays. Toléré un temps parce qu'il protégeait l'Italie des peuplades germaniques, l'Empire gaulois représentait un véritable défi à l'autorité de Rome. Aurélien, symbole de la restauration du pouvoir impérial autoritaire, vint à bout de cette sécession en 274. L'Empire gaulois avait cessé d'exister. Fortement influencée par les auteurs latins, l'Histoire présenta souvent la Gaule comme une simple province romaine. C'était faire abstraction de l'esprit de résistance révélé par cet épisode trop souvent absent de nos manuels. Le rapport de force étant défavorable à l'Empire gaulois, ce dernier fut anéanti. Il mit pourtant en évidence la fragilité de l'Etat romain, annonçant sa chute prochaine. "
Gaulois_empereurs.jpg
Même s'il convient bien évidemment, dans un souci d'honnêteté intellectuelle, d'établir une certaine distinction entre ce qui relève d'une part des multiples révoltes gauloises, empreintes d'un esprit profondément celtique, et d'autre part des expériences sécessionnistes opérées sous l'égide d' "empereurs gaulois" successifs, plus ou moins romanisés, le même souci d'honnêteté intellectuelle impose également la déduction suivante : loin d'avoir disparu corps et âme en se fondant dans le creuset civilisationnel dit gallo-romain, le sentiment identitaire gaulois, d'essence celtique continentale, a non seulement survécu -au moins en partie- à la conquête romaine, mais s'est de surcroit maintenu plus ou moins ouvertement pendant toute la période qu'aura duré l'occupation des Gaules. Et plus encore, il parvint même à survivre à la désintégration de l'Empire romain d'Occident en l'an 476 de l'ère chrétienne, alors même que ladite civilisation gallo-romaine avait commencé, dès le IIIème siècle, à intégrer en son sein un nombre conséquent d'éléments ethno-culturels germaniques, portés jusqu'à elle par diverses vagues de peuplement venues d'outre-Rhin.

La prise en compte des faits historiques brièvement évoqués dans le cadre du présent article -et développés dans celui des deux études qui y sont présentées- nous invite donc à l'abandon d'un certain nombre d'idées reçues. Au premier rang de ces idées reçues figure le fait que l'histoire de l'espace territorial qui allait par la suite devenir la France, comme beaucoup plus tard le royaume de Belgique actuel, ne saurait commencer avec la conquête romaine. D'autre part, les divers peuples constituant l'actuel "Hexagone" ne sont aucunement dépositaires d'un héritage ethno-culturel et civilisationnel qui ne serait que d'essence romaine, et donc latine. Toute l'histoire de l'opposition multiséculaire entre Gaulois et Romains, entre monde celtique et monde latin, le démontre de façon on ne peut plus claire. A ce titre, même en ne se bornant qu'au domaine linguistique, la bonne foi la plus élémentaire devrait obliger tout un chacun à admettre une évidence des plus criantes : si, de par sa structure générale, il convient certes de classer le français parmi les langues dites romanes, cette langue française, issue de la fusion de langues d'Oc et de langues d'Oïl, elles-mêmes comprenant de nombreux apports germaniques et celtiques continentaux, est incontestablement la moins latine de toutes les langues romanes. 

Même s'il convient bien entendu d'écarter l'excès inverse, qui consisterait à nier purement et simplement tout apport romain/latin dans la substance de l'actuelle identité française, force est d'y reconnaître également la présence tout aussi persistante qu'importante d'un vieux fond celtique continental (gaulois). Ce sont précisément ces trois éléments constitutifs, celtique/gaulois, latin/romain, puis germanique, qui en constituent les piliers fondamentaux et qui, par là-même, en font toute la spécificité. Faire fi d'une partie ou de l'autre de cet héritage triple, ce n'est ni plus ni moins qu'un déni de réalité, sur fond de parti pris et d'amnésie plus ou moins volontaire. 

Monde celtique et monde latin, s'ils peuvent dans une certaine mesure fusionner, voire se compléter, n'en constituent pas moins deux pôles diamétralement opposés de l'indo-européanité . Le paradoxe, la singularité de la civilisation dite gallo-romaine (et belgo-romaine), c'est d'être parvenu à faire une synthèse de ces deux pôles opposés, tout en demeurant fondamentalement elle-même, en ne reniant jamais totalement son vieux fond gaulois, et tout en l'enrichissant, par la suite, d'une part non-négligeable de germanité. Mais c'est aussi parce que les Celtes des Gaules, les Gaulois et autres Celto-Germains comme les Belges, ne succombèrent jamais totalement à l'assimilation et à l'acculturation romaines qu'ils purent, au final, préserver un héritage ancestral qui reste en grande partie le nôtre.

Hans CANY
2 juillet 2015 E.V.




    

mercredi 20 mai 2015

Dartmoor : Un cromlech plus ancien que Stonehenge ?

A proximité su Sittaford Tor qu'on aperçoit au loin à l'arrière-plan,
un cercle de pierres renversées.
(Photo : parc national du Dartmoor)
 
 
Jusqu'alors passé inaperçu, un cromlech inconnu, cercle de pierre remontant à la nuit des temps, a récemment pu revoir le jour dans le parc national du Dartmoor, situé en Angleterre méridionale. Des archéologues ont révélé que celui-ci pourrait être au moins d'une ancienneté similaire à celle du fameux cercle de trilithes de Stonehenge, voire plus ancien encore. Pour ces scientifiques, ces vestiges démontrent que le secteur, aujourd'hui un parc national renommé, faisait jadis partie du territoire d'une grande civilisation avancée.
 

Les tests géophysiques sur le site du Sittaford Tor ont permis
aux chercheurs d'avancer une ancienneté d'au moins 4000 ans
(Photo : parc national du Dartmoor)
 
Les mégalithes composant le cercle sont tous renversés, de sorte qu'ils sont restés durant des siècles cachés par une végétation envahissante. C'est à la faveur d'un feu contrôlé, technique de brûlis destinée à dégager le terrain, que ces pierres tombées à terre ont été exhumées en 2007, de façon tout à fait fortuite. Les datations provisoires, évaluées sur la base d'analyses au carbone 14 de prélèvements effectués dans le sol, ont permis d'établir que le monument est âgé d'au moins 4000 ans, si ce n'est plus.
 
Prélèvements dans le sol du monument,
permettant d'établir des datations au radiocarbone.

 
D'un diamètre de 34 mètres, c'est le second plus grand cercle de pierres découvert à ce jour dans le parc national du Dartmoor, qui compte au moins quinze structures mégalithiques analogues.
 


Réalisée à partir de photos aériennes prises par un drone,
la reconstitution 3D ci-dessus,
que l'on doit à un Britannique du nom de Matt Cranfield,
présente de façon très claire le cromlech dans son état actuel,
mais aussi tel qu'il apparaissait avec ses pierres redressées.
 
 
Toutes les pierres sont renversées dans la même direction, ce qui suggère qu'elles ont été délibérément abattues, à une date qui reste à déterminer. Ont-elles été jetées à terre pour une énigmatique raison religieuse dès la nuit des temps ?  Ont-elles été vandalisées par un ennemi, suite à une très ancienne invasion ? Ou bien encore, le monument a-t-il été victime du fanatisme chrétien médiéval, souvent si prompt à saccager tout vestige de l' "idolâtrie païenne" ? Au stade où en sont pour le moment les recherches, il n'est à ce jour pas possible de répondre de façon certaine à ces questions.
 
De nouvelles analyses plus détaillées du site permettront peut-être
d'en apprendre plus sur les pratiques spirituelles des peuples britanniques
de la fin du Néolithique et de l'Âge du Bronze.
 
 
Les chercheurs pensent en outre que ce cercle de pierres faisait partie d'une vaste figure, sorte d' "arc sacré" formé par un ensemble de monuments du même type. La carte suivante permet de se faire une idée plus précise de la structure, et de l'emplacement du cromlech de Sittaford.

 


Il faut en effet savoir que le parc national du Dartmoor compte au moins une quinzaine de cercles de pierres. Néanmoins, cela faisait plus d'un siècle que l'on n'avait plus découvert de "nouvelle" structure semblable sur le site. A ce titre, la mise au jour de celui du Sittaford Tor, demeuré enfoui, caché au regard des mortels durant tant de siècles, constitue à fortiori un évènement archéologique exceptionnel.
 
Le cercle de pierres de Scorhill
(Parc national de Dartmoor, Angleterre)
 
Autre cercle de pierres du parc national de Dartmoor
 
 
Cercles de pierres de l'Âge du Bronze, parc national de Dartmoor
 
 "Tor" est un terme local d'origine celtique, qui signifie littéralement "colline", ou affleurement de roche. Il peut tout aussi bien s'agir de formations géologiques ou d'éminences naturelles, cas les plus fréquents, que de tumuli, de cairns ou de petites collines artificielles érigés de mains d'hommes, à une époque fort reculée. Et bien entendu, nombre d'entre eux ont fait jadis l'objet de sacralisations et de pratiques cultuelles. La région du Dartmoor, en sus d'être connue pour la rudesse de son climat, l'est aussi pour ses fameux "tors". Il est même un groupe musical de rock gothique assez réputé qui, sans doute inspiré par le caractère mystique de ce lieu nimbé de légendes et de mystères, s'était baptisé en son temps TORS OF DARTMOOR. Ceci témoigne de la renommée du site anglais, lequel demeure néanmoins méconnu du grand public francophone. Pourtant, l'étendue de cet ensemble et le nombre de monuments mégalithiques qui le composent indiquent de façon certaine qu'il s'est longuement agi ici d'un centre cultuel de première importance. Les vestiges que l'on y trouve n'ont certes pas le gigantisme imposant de l'illustre cercle de Stonehenge. Mais c'est un lieu étrange, voire "magique". Un de ceux, exceptionnels, sur lesquels souffle l'esprit, pour reprendre une jolie formule de Maurice Barrès. Les landes sauvages et désolées du Dartmoor nous livreront-elles un jour quelque secret oublié ?  Nous en diront-elles plus sur les us et coutumes, sur les croyances spirituelles de nos lointains aïeux ?
 
Les cromlechs constituant l' "arc sacré" du parc national
de Dartmoor forment presque tous des cercles parfaits
 

Ces lieux trop longtemps négligés méritent en tout cas qu'on leur accorde enfin toute l'attention qu'ils méritent, eu égard à leur caractère exceptionnel, voire unique. Et si, d'aventure, vous voyagez dans le sud-ouest de l'Angleterre, n'omettez pas d'aller leur rendre visite. Situés dans une magnifique région, aux portes des Cornouailles, ils valent assurément le détour.
 
Hans CANY

 

Contexte géographique :
le parc national du Dartmoor, en vidéo.











dimanche 14 septembre 2014

Les jours de la semaine, surgis de la nuit des temps


Avez-vous déjà noté les étonnantes similitudes et correspondances symboliques entre les noms que portent les jours de la semaine dans les différentes langues européennes ?...

Au-delà des évidentes parentés entre les langues de souche germanique (comme par exemple l'anglais et l'allemand), force est de constater, à quelques exceptions près, leurs remarquables concordances sur le plan symbolique, non seulement de par les noms des planètes auxquelles chaque jour fait référence, mais également et surtout de par les divinités et leurs attributions qui y sont associées.

Pour ne prendre qu'un exemple très simple, examinons de plus près les correspondances de ces noms entre trois langues européennes bien connues, le français, l'anglais, et l'allemand :


Français : Lundi ("Jour de la Lune")

Anglais : Monday ("Jour de la Lune")

Allemand : Montag ("Jour de la Lune")



Français : Mardi ("Jour de Mars", dieu de la guerre)

Anglais : Tuesday ("Jour de Tyr", dieu de la guerre)

Allemand : Dienstag ("jour de Thincsus", dieu de la guerre)



Français : Mercredi ("Jour de Mercure")

Anglais : Wednesday (Wodan's Day, "Jour de Wodan" ==>correspondance Mercure-Lug-Wodan/Odin)

Allemand : Mittwoch ("Milieu de la semaine" ==> sans correspondance)



Français : Jeudi ("Jour de Jupiter", dieu de la foudre)

Anglais : Thursday ("Jour de Thor", dieu de la foudre)

Allemand : Donnerstag ("Jour de Donar/Thor", dieu de la foudre)



Français : Vendredi ("Jour de Venus", déesse de l'amour)

Anglais : Friday ("Jour de Freya", déesse de l'amour)

Allemand : Freitag ("Jour de Freya", déesse de l'amour)



Français : Samedi ("Jour de Saturne")

Anglais : Saturday ("Jour de Saturne")

Allemand : Samstag ("Jour de Saturne")



Français : Dimanche ("Dominus Dies", interprétation chrétienne tardive où le Dieu biblique remplace le Dieu Soleil)

Anglais : Sunday ("Jour du Soleil")

Allemand : Sonntag ("Jour du Soleil")



Loin d'être le fruit de coïncidences liées aux hasards de l'évolution linguistique, ce fait en apparence anodin ne l'est pas du tout, puisqu'il illustre non seulement la pérennité des symboles mythologiques païens jusqu'à l'époque actuelle , mais aussi et surtout les étroites affinités spirituelles et culturelles ayant persisté de tous temps entre les divers peuples apparentés à l'indo-européanisme, quelles que soient les branches auxquelles se rattachent leurs langues respectives : germaniques, latines, celtiques, etc.

Le patrimoine spirituel et culturel de tous les peuples européens constitue bel et bien un creuset civilisationnel commun. Et c'est à nous, Européen(ne)s modernes, dépositaires de ces traditions ancestrales, qu'il incombe de retrouver la trace d'une mémoire trop longtemps occultée. Car, pour paraphraser Nietzsche, l'avenir appartient aux peuples qui auront la plus longue mémoire.

Hans CANY



Semainier gallo-romain de Trèves, Allemagne.
On y reconnait les divinités associées aux jours successifs de la semaine :
Saturne (Samedi), Helios/Apollon/Sol (Dimanche), Luna/Diane (Lundi), Mars (Mardi), Mercure (Mercredi). Les petits trous situés sous chaque divinité servaient à planter des bâtonnets indicateurs.


vendredi 4 juillet 2014

CIVILISATIONS MYSTERIEUSES, par Ivar Lissner

 
 
 
 
A lire, les tomes 1 et 2 de "Civilisations mystérieuses", par Ivar Lissner.
"J'ai Lu" aventure mystérieuse 318 & 319. Année 1974. 250 & 246 pages.

1/ ANCIEN MONDE...
Notre époque a soif d'une meilleure connaissance du passé enseveli. Les hommes sentent que même les civilisations les plus mystérieuses font partie de leur présent. C'est un jeu très instructif de glaner la vérité dans les phénomènes étranges, de creuser la terre, de briser le roc, d'exhumer des villes et de se rendre compte ainsi comment les hommes ont vécu, comment ils ont pensé et de se dire que leur esprit a passé dans le nôtre. Nous sommes des hôtes passagers sur la Terre. »
Dans ce premier volume, l'auteur nous fait découvrir tous les mystères qui entourent les mégalithes dressés à Stonehenge, Carnac, etc., il nous initie aux secrets de la Pythie, des dieux grecs, et aux civilisations inconnues du Moyen-Orient.
« Nous sommes des hôtes passagers sur la Terre » : les traces laissées par les civilisations disparues montrent que nous n'avons peut-être pas été les premiers.

2/ ASIE ET NOUVEAU MONDE
« Toute civilisation du passé, même si elle demeure ensevelie sous des tonnes et des tonnes de sable et de pierres, vit en nous », dit Ivar Lissner. Nos plus secrètes racines plongent dans le terreau de ces civilisations mal connues et notre esprit se nourrit de leur substance. Les découvrir, c'est dé-couvrir l'homme, partout semblable, par-tout habité par la même exigence, partout tourné vers le même ciel, aujourd'hui comme hier. Cette quête, Ivar Lissner ne cesse de la poursuivre à travers tous les continents et à travers tous ses livres. Pour rendre sensible à tous l'apport des civilisations disparues, il se comporte en grand reporter. II nous emmène avec lui à travers les ruines immenses et fait se lever devant nous, vivantes, les villes mortes, avec leurs hommes, leurs travaux et leurs dieux. De Jéricho, la plus ancienne ville du monde, à Zimbabwe, la cité mystérieuse du Zambèze, des steppes russes aux forêts de l'Amérique Centrale, les pierres s'animent et livrent leurs secrets.




dimanche 15 juin 2014

La Roche-aux-Fées en Bretagne : Colossal temple solaire mégalithique ?

 
Le 14 février 2014. Allée couverte de la Roche-aux-Fées.

Particulièrement bien conservé, ce monument massif et imposant a peut-être eu une fonction de temple : on y a en tout cas retrouvé aucune trace qui témoigne de façon certaine  d'un usage funéraire exclusif. De même, il y a controverse sur le fait que le monument ait été ou non recouvert d'un tumulus à l'origine. Le soleil levant éclaire le fond de l'édifice au petit matin du solstice d'hiver, aux alentours des 21 à 23 décembre. Cette propriété semblerait étayer la thèse d'un non-ensevelissement, du moins pas total. Notons le portique surbaissé, avec son linteau et ses montants remarquablement équarris.
La datation officielle du monument le situerait hypothétiquement au néolithique final, soit entre 3 000 et 2 500 ans avant l'ère chrétienne.


(H.C.)
 
Le monumental dolmen de la Roche aux fées est situé sur la commune d'Essé en Ille-et-Vilaine. Il mesure 19,5 mêtres de long, 4,70 mêtres de large, et atteind 4,10 mêtres de haut.
Cet impressionnant édifice date du néolithique final (4500 à 4000 ans avant nos jours). Il est constitué d'une quarantaine de blocs de schiste du Précambrien. Ce schiste non présent sur le site a dû être importé. Le gisement le plus proche se situe dans la forêt du Treil à 5 km de l'édifice. C'est un travail titanesque au vu de la taille des blocs de pierre dont une demie-douzaine peuvent peser près de 40 tonnes.
 

La légende raconte que ce sont les fées qui ont fabriqué ce monument, et que si on essaye de compter à plusieurs reprises le nombre de pierres utilisées, on ne parvient jamais au même resultat, car les fées, très espiègles, s'amusent à déplacer les pierres pendant que l'on compte.Une croyance en particulier veut que les jeunes mariés doivent à la nouvelle lune compter le nombre de pierres en faisant le tour du dolmen chacun de son côté, les femmes dans le sens des aiguilles d’une montre et les hommes en sens inverse ; s’ils obtiennent le même nombre alors leur union sera durable.
Une croyance recueillie au XIXème siècle présente la Roche aux Fées comme une grotte construite par les fées pour protéger les âmes des bonnes gens, mais ces fées se sont enfuies depuis la mort des arbres il y a plus de deux siècles. Les jours de tempêtes, le sifflement du vent entre les pierres serait les lamentations des âmes auxquelles elles ne rendent plus visite.


 


La Roche-aux-Fées, été 1993


Photos 2014 et 1993 : Hans CANY




samedi 14 juin 2014

Glozel : la grande énigme [VIDEO]

L'une des plus grandes controverses,
surnommée l' "affaire Dreyfus de l'archéologie"...

 
 

 

 




Belgique mégalithique : les sites de Wéris et Oppagne

 

Le champ mégalithique de Wéris-Oppagne, situé en région Famenne, en Ardenne, est le plus important ensemble mégalithique de Belgique. Il comprend deux remarquables dolmens de type allées couvertes, accompagnés de menhirs, et six autres sites comprenant uniquement des menhirs. A cela s'ajoutent plusieurs "pierres à légendes", souvent des affleurement rocheux de formes inhabituelles, et qui au fil du temps ont fait l'objet de croyances et de superstitions.
 

Les mégalithes comme les pierres naturelles sont tous constitués de poudingue, une roche extrêmement robuste, composée de galets liés entre eux en un véritable béton naturel. Cette roche étant impropre à la construction, ceci explique que le site ait été en partie préservé, et que les vestiges qui nous sont parvenus soient dans un remarquable état de conservation.

La datation officielle des monuments les place dans la première moitié du IIIème millénaire avant l'ère chrétienne. C'est à dire à la charnière entre néolithique final (préhistoire) et Ages du cuivre et du bronze (protohistoire).

L'ésotériste Paul de Saint Hilaire a présenté cet ensemble comme reproduisant au sol le plan de la Grande Ourse, chaque pierre ou ensemble de pierre représentant une ou des étoiles de la constellation, et étant donc en relation avec les autres, en fonction de considérations d'ordre astronomique. Théorie a priori séduisante, nonobstant le fait qu'elle place sur le même plan des roches naturelles et des constructions mégalithiques, ce dont la pertinence est loin d'être démontrée. La théorie de Saint Hilaire désigne en outre une simple fontaine comme constituant l'un des points de cette figure, ce qui est pour le moins discutable. Enfin, elle inclut dans le plan d'ensemble les trois menhirs d'Oppagne, alors que les recherches semblent bien indiquer que ces derniers n'occupent pas actuellement leur emplacement d'origine...

Bref, le mystère continue de planer, au moins en partie, sur l'ensemble mégalithique de Wéris. Et peut-être est-ce mieux ainsi ?

Voici à présent un rapide tour d'horizon des principaux sites à voir.
 
Belgique mégalithique : les sites de Wéris et Oppagne
Le "Lit du Diable",
ou "Paillasse du Diable"


Cet étrange affleurement rocheux de poudingue local est naturel, mais il a peut-être été légèrement retaillé de main d'homme, comme pour le creuser ou l'aplanir. S'est-il agi d'un polissoir, et/ou d'une sorte d'"établi" de pierre ? Ou bien s'est-il agi d'un sinistre autel sacrificiel, comme l'ont avancé certains, y compris des chercheurs considérés comme "sérieux" ?... La forme générale de la pierre, évoquant une sorte de lit, est en tout cas à l'origine de légendes et de superstitions, d'où son nom.
Belgique mégalithique : les sites de Wéris et Oppagne
La "Pierre Haina"

Il s'agit d'un curieux éperon rocheux naturel situé au sommet d'une éminence. Les arbres que l'on distingue juste derrière masquent le fait que la pente y est très abrupte, presque à pic.  La montée, pour y parvenir, est donc relativement rude. Cette "Pierre Haina", semblable à un énigmatique visage figé depuis des millénaires, est visible de la vallée en contrebas, lorsque l'état de la végétation le permet. Bien que naturel, cet éperon rocheux a peut-être lui aussi connu partiellement la main de l'homme. Il a sans doute été l'objet lui aussi de croyances et de superstitions. La coutume qui veut que les habitants de Wéris viennent chaque année blanchir la pierre en la badigeonnant de chaux est sans doute la survivance d'une pratique cultuelle très ancienne, dont le sens nous échappe aujourd'hui.  
 
Belgique mégalithique : les sites de Wéris et Oppagne
Le dolmen nord

Flanqué de son "menhir indicateur", il s'agit d'une superbe allée couverte, remarquablement conservée.
Belgique mégalithique : les sites de Wéris et Oppagne
Le dolmen nord, vu de son extrémité opposée
 
Belgique mégalithique : les sites de Wéris et Oppagne
L'un des menhirs situés aux abords immédiats du dolmen nord
 
Belgique mégalithique : les sites de Wéris et Oppagne
Le menhir Danthine, au lieu-dit La Longue Pierre
 
Belgique mégalithique : les sites de Wéris et Oppagne
Façade du dolmen sud,
avec sa curieuse ouverture en fer à cheval
Belgique mégalithique : les sites de Wéris et Oppagne
Vue rapprochée de l'ouverture du dolmen sud
Belgique mégalithique : les sites de Wéris et Oppagne
Le dolmen sud. Il est situé au fond d'une petite dépression ellipsoïdale, ce qui se distingue très bien ici. 
 
Belgique mégalithique : les sites de Wéris et Oppagne
Alignement de menhirs aux abords immédiats du dolmen sud
Belgique mégalithique : les sites de Wéris et Oppagne
A Pas Bayard, bourgade située entre Wéris et Oppagne, on peut retrouver, en cherchant un peu, le "Pas Bayard", curieux rocher sur lequel, selon la légende, le Cheval Bayard, portant les quatre fils Aymon, aurait imprimé la marque de son sabot (une large rainure, bien visible sur la photo). S'agirait-il en réalité d'un polissoir préhistorique ?
Belgique mégalithique : les sites de Wéris et Oppagne
Les trois menhirs d'Oppagne.
L'arbre au pied duquel ils se dressent est un "arbre à loques", auquel se rapportent des superstitions de guérison. C'est pour cette raison que l'on peut apercevoir de multiples rubans et morceaux de tissu noués à ses branches.
Belgique mégalithique : les sites de Wéris et Oppagne
Les menhirs d'Oppagne
(Ci-dessus et ci-dessous)
Belgique mégalithique : les sites de Wéris et Oppagne

Pour conclure, une excursion sur les lieux sommairement présentés dans le cadre du présent article ne saurait s'achever sans un passage par la Maison des Mégalithes (http://www.weris-info.be), un excellent et fort sympathique petit musée situé au cœur de la commune de Wéris, dont je vous recommande vivement la visite. Saluons enfin le travail remarquable fourni en permanence par toute une équipe de scientifiques et de passionnés, pour la préservation et la mise en valeur de cet incontournable fleuron du patrimoine archéologique wallon.

Hans CANY
(Texte et photos : Hans CANY) 
 

Les anciens Belges : des Celtes pas comme les autres

 
On a trop souvent tendance à l'ignorer, mais le petit royaume dit "de Belgique" actuel, qui n'est somme toute que de création relativement récente (1830), ne représente en fait que la moitié du territoire de la Belgique réelle.
La Belgique originelle, ou Gaule Belgique, c'est en réalité tout l'espace compris entre la Seine (et la Marne) au sud, et le Rhin au nord-est. Elle est, à tous points de vue, un espace de transition entre les mondes celtique et germanique.
 
Cette carte restitue fidèlement l'intégralité de cette Belgique originelle, et permet en outre d'y localiser l'implantation des différents peuples belges :
identité & racines,hans cany,paganisme
La Gaule Belgique 
(Précisions : sur cette carte, le "Belgium" est le nom de la province sud-ouest de la Belgique, correspondant en gros aux département de l'Oise et de la Somme de la Picardie actuelle. Au sud-est, le nom de "Germani" n'est pas à confondre avec la Germanie située au-delà du Rhin : il s'agit juste d'un nom de peuple.)
 
 
Germains celtisés et Celtes germanisés
 
Voyons à présent ce qu'écrit Jules César à propos des Belges dans ses fameux Commentaires sur la Guerre des Gaules :
 
"La plupart des Belges sont issus des Germains ; ils avaient autrefois passé le Rhin, et s'étaient fixés en ces lieux à cause de la fertilité du sol, après en avoir chassé les habitants gaulois."
 
En outre, il précise :
 
"Toute la Gaule est divisée en trois parties, dont l'une est habitée par les Belges, l'autre par les Aquitains, la troisième par ceux qui, dans leur langue, se nomment Celtes, et dans la nôtre, Gaulois. Ces nations diffèrent entre elles par le langage, les institutions et les lois. Les Gaulois sont séparés des Aquitains par la Garonne, des Belges par la Marne et la Seine. Les Belges sont les plus braves de tous ces peuples, parce qu'ils restent tout à fait étrangers à la politesse et à la civilisation de la province romaine, et que les marchands, allant rarement chez eux, ne leur portent point ce qui contribue à énerver le courage : d'ailleurs, voisins des Germains qui habitent au-delà du Rhin, ils sont continuellement en guerre avec eux."
 
Comme César l'avait bien noté, il est donc manifeste que la Belgique constitue une zone spécifique depuis la plus haute antiquité, dont l'identité ethno-culturelle est celto-germanique, donc ni totalement celtique ni totalement germanique, mais les deux à la fois. Les peuples belges étaient donc constitués de Germains celtisés et de Celtes germanisés, les deux composantes étant chez eux si étroitement imbriquées qu'il est souvent difficile de les distinguer l'une de l'autre...
 
Les sources se rapportant spécifiquement à ces peuples germano-celtiques de la Gaule Belgique sont hélas assez rares.Néanmoins, il est tout à fait légitime de supposer chez eux un étroit syncrétisme non seulement sur les plans culturel, artistique, sociétal etc, mais aussi dans le domaine spirituel, où le Paganisme celtique s'est très certainement mêlé au Paganisme germanique, donnant ainsi naissance à une Tradition religieuse spécifique. Nous avons donc là un exemple tout à fait exceptionnel de symbiose entre germanité et celticité.

Un ensemble de peuples qui a profondément marqué la région

 
Au delà de l'image  fort sympathique  mais caricaturale -et souvent anachronique- qu'évoque dans l'esprit du grand public la fameuse bande dessinée "Astérix chez les Belges" , il faut bien se figurer que ces derniers représentent un ensemble de peuples fondateurs ayant marqué de façon indélébile l'ensemble des territoires qui constituent aujourd'hui tant le Royaume de Belgique que la France septentrionale,  du nord de la Seine jusqu'à l'ouest du Rhin.

Parmi les peuples belges les plus marquants de l'actuel "nord de la France", Picardie et Nord-Pas de Calais, citons notamment, les Bellovaques, dont le nom a donné celui de Beauvais, leur ancien oppidum, les Ambiens (Amiens), les Suessions (Soissons), ou encore les Atrébates, qui ont donné leur nom à Arras (en flamand Atrecht), et qui sont même peut-être à l'origine du nom de l'Artois (à vérifier). Pour l'actuel Royaume de Belgique, on songera bien entendu aux célèbres Nerviens et Ménapiens, auxquels sont parfois identifiés respectivement, de façon quelque peu hâtive, les actuels Wallons et Flamands. Mais on pourrait tout aussi bien mentionner d'autres peuplades majeures telles que les Eburons, dont le territoire se situait dans l'actuelle province de Liège, ou encore les prestigieux Aduatuque, établis dans ce qui est aujourd'hui l'Ardenne.

Enfin, au niveau des grandes figures historiques signalons entre autres les chefs belges Ambiorix, roi des Eburons, Catuvolcos (dont le nom signifie "Loup de Guerre"), ainsi que le chef bellovaque Correos (ou Correus dans sa forme latinisée, voire Korreos, véritable "Vercingétorix belge" qui a donné beaucoup de fil à retordre aux envahisseurs romains, en poursuivant une résistance acharnée après la défaite d'Alésia, à la tête d'une coalition de peuples belges. Ce Correos a particulièrement marqué César, qui y fait allusion à plusieurs reprises dans sa "Guerre des Gaules".
 
Fameuse représentation des derniers instants de Correos, tenant tête aux Romains :
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La mort de Corréus (Correos/Korreos), gravure de D. Maillart, XIXème siècle

Cette brève présentation aura peut-être -du moins convient-il de l'espérer- su éveiller l'intérêt du lecteur ou de la lectrice pour les traces historiques, archéologiques, ethnologiques, linguistiques et toponymiques léguées par l'ensemble de ces peuples, qui ont tant contribué à forger un certain nombre de particularismes encore observables de nos jours, et qui ont ainsi grandement contribué à donner au Royaume de Belgique et à la France du nord et du nord-est une identité ethno-culturelle spécifique, tout à fait distincte du monde gaulois pris dans son ensemble.

 
Pour quelques précisions complémentaires, vous pourrez par exemple consulter la fiche Wikipedia relative aux anciens Belges : http://fr.wikipedia.org/wiki/Belges
Voir aussi la liste des peuples de la Gaule Belgique : http://fr.wikipedia.org/wiki/Liste_des_peuples_de_la_Gaul...

Les livres et autres sources littéraires spécifiquement consacrés aux anciens Belges constituent hélas une denrée rare dans le contexte actuel, surtout lorsqu'il est question d'ouvrages de vulgarisation à destination du grand public. Néanmoins, et de façon bien entendu non exhaustive, signalons entre autres le livre d'Eugène Warmenbol "La Belgique gauloise : Mythes et archéologies", paru en 2010 aux Editions Racine.

 


Et enfin, si d'aventure vous êtes de passage un de ces jours dans la jolie Province de Luxembourg, au cœur de l'Ardenne belge, ne manquez pas de faire un détour par la commune de Libramont-Chevigny, qui abrite un remarquable et fort sympathique petit Musée des Celtes ( 
http://www.museedesceltes.be ), dont je vous recommande chaudement la visite.

Hans CANY